Et si j’étais devenu un prétentieux bo-bo donneur de leçons ?

La venue de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale (France), a évidemment rendu nerveux le monde politique français. Il n’en fallait pas plus pour exciter la plume (ou le doigt twitterien) des éditorialistes et des « philosophes » de la Patrie des Lumières et des Droits de l’homme (puisqu’ils le disent). Je me suis retenu de « partager », liker ou réagir à ce flot de commentaires pour ne pas alimenter un débat qui me semblait vain puisque chacun ne retient en général, dans ce genre d’hystéries furtives, que ce qui  est susceptible de conforter ses propres convictions. 

Et puis, hier, au troisième jour de ce nouvel épisode de canicule, j’ai été au centre de deux petits événements qui, si l’on y réfléchit, posent une question similaire à celle suscitée par l’intervention d’une adolescente devant des députés : sommes-nous prêts, collectivement, à réellement changer nos habitudes ? Est-ce un défi que l’ensemble de la société souhaite relever ou n’est-ce que la lubie de quelques bo-bos fanatiques, catastrophistes climatiques et autres empêcheurs de vivre chacun comme il l’entend ? 

Ces deux anecdotes se sont déroulées à quelques minutes d’intervalle dans le centre de Liège. 

Anecdote numéro 1. J’attends M. pour déjeuner avec lui dans un salade-bar du centre-ville. Deux jeunes filles fument tranquillement leur cigarette sur le trottoir, à quelques mètres du magasin où travaille l’une des deux. Alors qu’elles se disent au revoir, ce que « j’attendais » se produit : elles jettent, d’un geste tellement naturel qu’il paraît presqu’inné, leur mégots de cigarette à terre… Puisqu’il y avait une poubelle à l’endroit même où elles avaient jeté leurs mégots, je ne peux m’empêcher de traverser la rue et de leur signaler – aimablement je pense – qu’il aurait sans doute été mieux de ne pas les jeter à terre mais d’utiliser la poubelle située à quelques pas. L’une des deux, un peu gênée, baisse les yeux et fait demi-tour pour aller rechercher son mégot (ce à quoi je ne m’attendais pas). En revanche, je crois entendre sa camarade lui dire « Il ne peut pas se mêler de ses affaires, lui ! ». N’étant pas certain d’avoir bien compris, je lui demande si elle souhaite me dire quelque chose. Me répétant, l’œil mauvais, ce que je pensais avoir entendu, je lui explique alors que je crois m’occuper de « mes affaires » puisque la rue est à tous. C’est alors que cette charmante jeune fille me rétorque, un regard méprisant et la voix dédaigneuse : « Eh bien justement, elle est à tous ! ». Je l’ai laissée là… entre énervement et lassitude.

Anecdote numéro 2. Quelques minutes plus tard, devant le comptoir de légumes proposés pour la composition des salades, je vois des haricots verts. C’est la saison mais je ne n’en ai pas encore vu chez les Petits producteurs – coopérative liégeoise proposant (dans trois magasins) à des prix identiques à ceux de la grande distribution des produits locaux et/ou bios (https://lespetitsproducteurs.be). Je demande alors à la responsable qui me sert d’où ils proviennent. Elle me regarde, l’air interloqué, et me répond « Pardon ? ». Je répète la question ; elle me dit qu’elle n’en sait rien. J’enchaîne en expliquant que je vais donc choisir autre chose. C’est à ce moment-là qu’elle m’a regardé et laché, entre incrédulité et mépris : « C’est une blague ? ». Toujours calme, je lui ai expliqué que cela n’en était pas une mais que si les haricots venaient du Kenya, je trouvais que cela n’avait pas vraiment de sens d’en manger et que c’était la raison pour laquelle, dans le doute, je préférais ne pas en prendre. Elle a clôturé la conversation en disant qu’elle ne savait évidemment pas d’où provenaient les légumes, qu’ils étaient livrés par son fournisseur et que, de toute façon, personne ne lui avait jamais posé ce genre de questions. 

Ces deux anecdotes sont, j’en suis conscient, insignifiantes. Elles m’interpellent néanmoins car, à quelques minutes d’intervalle, mon comportement a étonné voire agacé mon interlocuteur. Mes interpellations et questions sont pourtant motivées par l’idée que l’avenir de notre planète – et donc le nôtre – est l’affaire de tous. Que si, vu l’ampleur du désastre, des changement d’habitudes bien plus conséquents doivent être consentis, ces habitudes quotidiennes doivent également changer. 

Je m’interroge donc : ne serais-je finalement qu’un de ces bo-bo privilégiés tant décriés par ceux-là même qui disent qu’ils n’ont pas de leçon à recevoir d’une gamine de 16 ans, un « donneur de leçons qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ? Ou, au contraire, de la même manière que Greta a raison de rappeler qu’il faut agir, vite et fort car peut-être sera-t-elle – et les scientifiques qui appuient et étayent ses propos – finalement entendue, dois-je, de mon côté, retenir qu’une des deux jeunes filles s’est retournée pour aller ramasser les mégots abandonnés et me dire que la prochaine fois, elle ne le jettera, peut-être, plus à terre ?

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  1. c’est toujours particulier de vivre des situations où ce qui nous semble du bon sens est reçu comme « saugrenu » pour ne pas dire plus, par d’autres. Ca m’interpelle souvent, de se sentir en décalage en ayant la certitude d’être dans le vrai et dans le simple…et j’en arrive assez désolée à la même conclusion « suis je devenue bobo bien pensante » mais bon, le bon sens me semble pourtant à la portée de tous…en fait c’est pas (toujours) simple 😉

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