La fable de La Burla

L’être humain en général cherche à être heureux. Pour moi, ça reste un concept assez flou, mais je réfléchis surtout à ne pas avoir de regret et à vivre en accord avec mes valeurs.

Au départ plutôt inconsciemment et puis, il y a quelques années, suite à des douleurs étranges durant un été, j’ai réalisé grâce à mon ostéopathe, qu’il s’agissait de douleurs liées à des tensions émotionnelles. Ça a été un déclic pour moi, j’en étais en effet arrivée au bout d’un mois et demi à me rendre aux urgences car je n’arrivais plus à sortir de mon lit et les médecins commençaient à poser des diagnostiques peu réjouissants, en parlant d’arthrose,… Je me sentais diminuée physiquement et en déconnection avec mon corps qui semblait me lâcher. Cet ostéopathe a été mon sauveur. Après deux séances, les douleurs avaient disparu et ne sont plus jamais revenues. Il m’a conseillé de régler certains dossiers (qui ne me semblaient pas problématiques) et de faire la paix avec eux. J’ai aussi compris que je devais pardonner à mon corps, lui faire confiance, car j’avais peur qu’il me lâche de nouveau. Comprendre aussi qu’il ne m’avait pas laissée tomber mais m’avait plutôt envoyé un signal pour que je règle certains aspects de ma vie. J’ai cherché un moyen de me reconnecter à ce corps pour l’écouter à temps, prévenir ces tensions qui pourraient réapparaître. J’ai suivi un cycle de méditation en pleine conscience (mindfulness meditation) donné à la faculté de psychologie de ma ville, à raison de 3h pr semaine durant 8 semaines. J’ai cherché des moyens de mettre en place un moment pour moi, chaque jour, pour me reconnecter et me méditer. 

C’est finalement grâce à un challenge avec mon meilleur ami que j’y suis arrivée, que je me suis rendue compte que je me sentais moins bien si je n’avais pas médité le matin, après ma douche et avant mon petit-déjeuner. J’ai aussi réalisé que les douleurs articulaires (souvent à un doigt) sont les premiers signes de mon corps que je ne vis pas bien une situation, que je suis stressée. Une méditation de dix minutes, en me concentrant simplement sur ma respiration, suffit en général à faire partir cette tension. C’est assez impressionnant. Je médite dorénavant une à deux fois par jour, pendant 20 minutes. Je commence à voir apparaître ce que j’avais lu dans plusieurs livres de développement personnel sur les effets bénéfiques de la méditation dans la perception de ce qui nous entoure, la connexion face à notre environnement. Cela me paraissait surprenant et je n’y croyais pas trop. J’ai dû désapprendre quelques mécanismes, ne pas me retrouver en recherche d’une certaine performance, croire que je serais la seule qui n’y arriverait pas parce que je m’y prenais mal sans le savoir. Me refaire confiance. 

Et puis hier soir, j’étais en Andalousie, à Tarifa, une ville magnifique au bord de l’océan. Mon compagnon et moi étions partis sans les enfants, notre vol retour était le lendemain matin et nous sommes allés manger une dernière fois dans un notre bar préféré (celui que l’on avait déjà découvert lors d’une visite précédente il y a 3 ans et qui m’avait fait découvrir Giuliano Palma, un artiste qui se retrouve depuis lors dans mes playlists préférées – on n’oublie pas facilement ce genre d’endroit). Il était encore relativement tôt – pour les Espagnols en tout cas (genre 19h) – nous avions déjà un peu faim après avoir passé la journée dans et au bord de l’océan, la cuisine était fermée mais les tapas disponibles. On a en donc pris quelques-uns comme apéro, papoté avec les serveurs, parlé des enfants qui commençaient à vachement nous manquer et commandé une bouteille de vin blanc local, du Manzanilla. Parfois, en voyage, tu te dis que tu vas manger local et ça foire. Ici, ce n’était pas aussi net, le vin était pas mal mais affichait un volume de 15 degrés d’alcool, avec un arôme assez particulier (un peu comme un Porto très très sec) et je savais que si j’en buvais plus qu’un verre, mes boyaux risquaient de ne pas survivre. Nous aurions dû prêter plus attention à l’attitude du serveur quand nous avions passé la commande: il nous avait demandé si nous ne voulions pas plutôt deux verres et nous avions insisté pour avoir une bouteille.

Bref, nous étions donc dans ce bar, avec une bouteille de vin qui ne répondait pas à nos attentes mais que nous apprécions un peu malgré tout, à hésiter à recommander autre chose ou à rester à l’eau. J’avais pris cette dernière option, qui n’était pas mal non plus pour ma santé, j’étais un peu déçue d’avoir planté notre dernière commande mais l’ambiance était bonne et on avait décidé d’en profiter malgré tout. Et puis sont arrivés deux Autrichiens à la table à côté de la nôtre, ils ont commencé à boire un apéro, ont entamé une discussion avec nous et nous ont demandé ce que nous étions en train de boire. Je leur ai proposé de goûter en expliquant la saveur de ce vin blanc andalous. Ils étaient ravis de tester une spécialité locale et nous que notre bouteille soit un peu moins remplie (vous la connaissez la culpabilité de gaspiller la nourriture ou les boissons?). 

L’heure passe, la cuisine du bar ouvre, les premiers plats commencent à sortir et nous commandons aussi les nôtres. Avec notre plat, arrive de nouveau l’envie de boire autre chose et une bouteille de Rioja apparait à la table voisine, directement suivie d’un verre bien rempli à côté de mon plat aux aubergines, gentiment déposé par un des Autrichiens. Ce n’était évidemment pas un miracle, mais cela ne serait pas arrivé si nous avions eu l’air contrarié (qui a envie de parler à des gens qui ont un air contrarié?), si nous n’avions pas décidé de lâcher prise sur cette commande qui ne nous plaisait pas vraiment, d’avoir un regard positif et bienveillant et pris le temps de reconnaître et d’avoir de la gratitude envers l’issue favorable de cet événement.

Ce qui s’est passé hier n’était évidemment pas une situation dramatique et était même assez anodine. Il est important d’avoir conscience que nous n’avons pas toujours le pouvoir de changer la situation à laquelle nous sommes confrontés. Par contre, nous avons toujours le choix de la manière dont nous souhaitons réagir face à un événement négatif, peu importe sa gravité, de détecter les aspects positifs dans celui-ci, aussi infimes soient-ils. Et la méditation est outil très utile pour cela, pour prendre de la distance avant de réagir, se rendre compte que notre réalité, c’est aussi nous qui la créons et réapprendre à apprécier ce qui nous arrive plutôt que de les prendre pour acquis.

Au fait, La Burla, c’est le nom de ce bar de Tarifa, dans lequel je vous conseille de vous arrêter si vous passez un jour par là.  

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